Calendrier Feldenkrais

 

Janvier - Anita

Bonjour à tous et toutes et tout d’abord « Bonne » Année ou plutôt faut-il que je dise «Belle» Année… ?

Une personne de mon entourage me faisait dernièrement remarquer que l’on entendait de plus en plus les mots beau-belle à la place de bon, bonne (ex à la TV: «je vous souhaite une toute belle soirée»)

Partant de cette remarque, je me suis posée la question suivante: Un geste, un mouvement a-t-il besoin d’être forcément beau pour être bon pour nous? Suite à mes diverses recherches et réflexions, j’ai trouvé différentes pistes qui me conduisent vers la déduction qu’un geste, un mouvement s’il est fait de façon naturelle et spontanée associera de lui-même le bon au beau. Mais certainement que vous le saviez aussi J

Pour égayer quelque peu mes propos, voici une vidéo surprise d’ 1min30

Extrait du film «Deburau» de Sacha Guitry de 1951 intitulé

« Tous les gestes sont beaux quand ils sont naturels, ceux que l’on apprend sont toujours faux »

Et si l’ envie vous titille de reproduire ce que vous venez de voir, voici une séance Feldenkrais de 30 min intitulée

« La main dans le pot de miel »

Alors si je peux vous souhaiter encore quelque chose pour cette nouvelle année… c’est de rester le plus possible naturels et spontanés!

Meilleures pensées et amitiés
Anita

Février - Heidi Borel

Bonjour à tous!

En ce mois de février même si nous n'allons pas nous prendre la tête, ce sera le thème de ce mois  et par conséquent celui de la 2ème page de notre calendrier Feldenkrais! Que d'expressions concernant cette partie de notre corps: je ne vous en citerai ici que quelques unes en vous laissant le plaisir d'en trouver d'autres!

Perdre la tête Avoir la grosse tête Avoir la tête dans les nuages Tête brûlée
Faire sa tête de cochon Être à la tête de... Sans queue ni tête Tête à claques
Être tombé sur la tête Femme de tête Se mettre martel en tête Avoir la tête dure ...

 

Les deux sages ci-dessous se sont penchés sur la question de l'utilité de la tête. Je vous laisse découvrir leur conclusion....

a quoi sert la tete

Le mois de février c'est encore le plein hiver avec son vent glacial, ces giboulées, le verglas sur les chaussées.....autant de raisons pour rentrer la tête dans les épaules, au grand désespoir de la nuque qui a fort tendance à se raidir, se crisper et montrer quelques réticences lorsque vous avez envie ou besoin de tourner la tête d'un côté ou de l'autre.

Vous trouverez en document attaché un petit exercice facile que vous pourrez exécuter presque partout tel qu'au bureau, chez vous devant la télévision, dans le bus, dans votre voiture au feu rouge ou immobilisé dans un bouchon......

Je vous souhaite un excellent mois de février.
Avec mes meilleurs messages.

Heidi Borel

Mars - Diana Rutschmann

 

"Nous agissons selon l’image que nous avons de nous même."

Connaissez-vous cette phrase de Moshé Feldenkrais?

Il sʼest beaucoup intéressé à lʼimage de soi. Celle-ci nʼest pas statique, mais elle est sans arrêt en train de changer, selon ce que nous vivons et comment nous le vivons. Par le mouvement, nous pouvons enrichir et nuancer lʼimage de nous-même, comme un puzzle qui se complète de plus en plus, un puzzle qui grandit avec chaque expérience.

Le mouvement réunit le pensée, le sentiment, la sensation et lʼaction. Aucun de ces éléments est dissociable des autres, Comment par exemple savoir ce quʼon sent sans penser?

Ce qui me fait penser, moi, à une autre phrase de Moshé Feldenkrais qui mʼintéresse:

"Si vous ne savez pas situer votre bras, comment pouvezvous faire la différence entre le mensonge et la vérité?“

Ah, là, il parle de notre capacité de différencier nos sensations, nos pensées ou nos sentiments, de notre capacité de faire la différence entre une chose et une autre.

Et ça, cʼest ce que nous apprenons, un aspect intéressant de la méthode Feldenkrais ! Par le mouvement, lors des cours qui nous proposent de nous poser des questions, d'observer, de sentir et de clarifier. Ces explorations permettent à notre corps de devenir plus souple, le mouvement plus efficace, léger. Ce qui nous gêne part, parce que nos actions se clarifient. Notre intention peut être executée sans effort et avec précision. Mais est-ce qu'on parle du corps ou de l'esprit?

Et ceci me rappelle une autre citation...

"Ce que je recherche, ce ne sont pas des corps souples mais des cerveaux souples."

Oui, et en même temps le corps aussi s'organise mieux et le mouvement devient plus facile et... grâcieux :-).

Alors, je vous invite à faire une leçon brève de Prise de conscience par le mouvement. Vous verrez, quand vous ferez cette leçon, vous imaginerez au début une action. Et après avoir fait les mouvements proposés avec attention, vous imaginerez encore une fois la même action. Est-ce que quelque chose aura changé ?

 


 

Ballon de foot

Faites la chose suivante debout, dans votre imagination:

Devant vous se trouve un ballon de foot. Vous shootez dedans.

  • Quel pied avez-vous choisi spontanément pour lʼenvoyer?
  • Retapez dans le ballon, avec le même pied et faites plusieurs observations par rapport à sa trajectoire.
  • À quelle hauteur vole-t-il, à quelle vitesse, à quelle distance?
  • Est-ce que le tir est précis?

Imaginez que vous tapez dans le ballon avec lʼautre pied. Quelle est sa trajectoire? Est-elle différente de la première?

Maintenant, je vous invite à faire une exploration en mouvement:

  • Respectez toujours vos besoins, votre confort, explorez les mouvements proposés lentement et dans une petite amplitude pour pouvoir les suivre avec attention.
  • Asseyez-vous sur lʼavant dʼune chaise, les pieds posés sur le sol, le dos libre.
  • Sentez le poids du bassin sur la chaise: Comment est réparti le poids entre le côté gauche et le côté droit ?
  • Soulevez le côté gauche du bassin pour transférer le poids vers le côté droit et revenez à la osition de départ. Faites ce mouvement quelques fois, lentement et avec le moins dʼeffort possible.
  • Est-ce que le poids se transfère graduellement ou sentez-vous des accoups?
  • Respirez-vous au même rythme que le rythme du mouvement ou avez-vous choisi un autre rythme?
  • Reposez-vous.
  • Posez la main gauche sur votre tête, le contact doux, le coude pointe vers la gauche.
  • Soulevez à nouveau le côté gauche du bassin pour transférer le poids vers le côté droit et dirigez en même temps le coude vers le plafond.
  • Sentez la forme de votre colonne vertébrale. Peut-elle rester-t-elle droite sans effort?
  • Faites une pause.

Retrouvez la même position et le même mouvement. Mais cette fois-ci, pointez avec le coude en direction de votre hanche gauche quand vous soulevez le côté gauche du bassin.
Le contact entre vos pieds et le sol reste doux, comme celui entre la main et la tête.

Faites ce mouvement lentement pour pouvoir sentir comment votre colonne vertébrale suit le mouvement. Visualisez comment elle change de forme, graduellement.

Répétez le mouvement plusieurs fois pour observer de plus en plus les nuances dans le changement. Prenez le temps dʼobserver chacun des points.

  • Le poids est transféré.
  • La tête sʼincline.
  • Les côtes entre lʼaisselle et la taille gauche sʼapprochent les unes des autres, comme un accordéon, et sʼespacent quand vous retournez dans la position de départ.
  • Que se passe-t-il avec le côtes à droite ?
  • Comment respirez-vous ?
  • Rapprochez quelques fois la hanche et le coude lʼun de lʼautre en expirant et inspirez au retour.
  • Laissez ça et reposez-vous un instant.
  • Mettez-vous debout et sentez la position verticale.

Reprenez la première situation, dans votre imagination.

Devant vous se trouve un ballon de foot. Vous shootez dedans.

  • Quand maintenant, vous tapez dans le ballon de foot, quel pied tape en premier ?
  • Est-ce que cʼest devenu plus facile avec lʼautre pied ?
  • Est-ce que les trajectoires du ballon ont changés ?
  • Vole-t-il plus ou moins loin, plus ou moins haut, 
  • À la même vitesse quʼavant?
  • Est-ce que la précision du tir a changé ?

Si vous voulez, reprenez les mêmes mouvements de lʼautre côté et observez les conséquences sur le mouvement et la trajectoire du ballon dans votre imagination.

C'est intéressant, non, quʼune action imaginée puisse changer après quelques mouvements !

  • Quʼest-ce qui a changé exactement?
  • Lʼaction?
  • La pensée?
  • Le sentiment?
  • Est-ce que vous vous sentez plus footballeur ou footballeuse quʼavant ?

 


Apprenons à être comme un funambule ! Il n'est pas en relâchement total, pas non plus trop tendu. Il doit être en équilibre entre différentes états de tonus, pour à chaque instant pouvoir répondre au déséquilibre afin de rester dans la balance.

 

Comme lui :

dessin diana

Est-ce quʼun jour nous saurons tout ? Je ne pense pas ! Nous pouvons que être dans le processus, découvrir et apprendre.

Pour un mois de mars vivant, jʼaimerais vous donner quelques idées, des observations à faire, des choses à essayer, dans d'autres domaines que le mouvement, pour le plaisir de la découverte:

Chaussures

  • Observez comment vous marchez dans vos différentes paires de chaussures.
  • Quelles sont vos sensations corporelles ?
  • Comment vous percevez-vous en général ?
  • Est-ce que vous vous sentez différents par rapport au regard des autres selon les chaussures ?
  • Avez-vous plus ou moins envie de marcher vite ou de courir ?
  • Est-ce que votre posture change selon les chaussures?
  • Est-ce que le changement de posture influence votre attitude ?
  • Avez-vous une paire préferée?
  • Pourquoi celle-ci ?

Culinaire

Un cuisinier disait le suivant :

"La coupe donne le premier goût à la carotte. Une carotte coupée en tranches a la saveur la plus sucrée, une carotte coupée en bâtonnets a un goût acide, et coupée en cubes, elle n'est plus que texture."

Je vous invite à vérifier.

Vélo

Quand la prochaine fois vous ferez du vélo, faites rouler votre bassin légèrement en avant et en arrière et observez si le poids de vos mains sur les poignées du guidon et si votre confort changent.

Rires

  • Pendant une journée, soyez attentif aux rires des personnes autour de vous.
  • Ecoutezles pour observer combien les rires sont différents les uns des autres.

Avec mes meilleures pensées!

Diana Rutschmann
Praticienne Feldenkrais
Certifiée ASF et reconnue RME
Cours de groupe et séances individuelles
www.espace-feldenkrais.ch
dianarutschmann@gmx.ch

078 602 605 2

Avril - Thérèse Olivier Weber

Les clins d'oeil, ça fait du bien, vous ne trouvez pas ?!
Lancés à des personnes qui nous touchent, nous charment, c'est un peu de printemps et de gaîté de vie qui circulent et donnent chaud au coeur...

Mosche Feldenkrais 

Le premier clin d'oeil que je vous envoie, c'est celui de Moshé Feldenkrais. A n'en plus fermer les yeux, ou bien que si... Avec un regard pétillant de malice, il nous confie :

« Par la prise de conscience, nous pouvons appendre à nous mouvoir avec une légèreté et une liberté étonnantes – à pratiquement tout âge – et à améliorer ainsi nos conditions de vie. Pas seulement physiquement... mais émotionnellement, intellectuellement et spirituellement. »

Ça saute aux yeux, non ? Il n'avait pas froid aux yeux et savait ouvrir l'oeil, notre ami Feldenkrais. Les phrases percutantes, il aimait ça. Vous en trouvez un petit choix, interprétées avec mon oeil, si vous suivez ce lien .

 


 

Les yeux, voyez-vous, j'aime...

… comme j’aime cette phrase de Marcel Duchamp :

« L’oeuvre se situe dans l’oeil de celui qui regarde »

Le lien suivant vous permet de voir un des yeux de Marcel Duchamp (enfin, pour moi, c’est un oeil) 

Quant à mon chat, qui adore le Feldenkrais, que voit-il dans mon « oeuvre tabouret », titre : « J’ai des yeux… » ?

Si le coeur vous en dit, envoyez-moi une réponse possible (therese.olivier@bluewin.ch). Elles seront publiées sur mon site début mai.

 Entretemps, n’aimeriez-vous pas faire les yeux doux ?

 


 

Les yeux doux en peu de temps…

Installez-vous confortablement sur une chaise, dans un fauteuil, debout, en attendant le train ou couché dans un pré… Enfin, là où vous êtes et avez envie de faire cette petite expérience. Les personnes qui portent des lunettes peuvent essayer de les enlever.

  • Regardez en avant, et fixez un point bien précis pas trop loin de vous.
  • Sans que vos yeux n’aillent à gauche ou à droite, observez votre champ de vision de chaque côté de ce point.
  • Fermez les yeux. En inspirant, imaginez-vous qu’il vient de la lumière du côté droit de vos yeux.
  • Inspirez plusieurs fois, tranquillement, en laissant à la lumière le temps de venir.
  • Arrêtez un moment de penser à vos yeux, que vous pouvez garder fermés.
  • Puis, en inspirant calmement plusieurs fois, imaginez-vous qu’il vient de la lumière du côté gauche de vos yeux.
  • Là aussi, prenez-vous assez de temps pour laisser la lumière venir.

Comment sentez-vous votre nuque, votre visage, vos épaules ?

Ouvrez lentement les yeux et observez votre champ de vision aussi bien à droite qu’à gauche en regardant le même point qu’avant, puis portez votre regard sur différents points de l’horizon.

  • Le champ de vision est-il différent du début 
  • Et la qualité de votre regard est-elle la même ?

Peut-être qu’après cette petite expérience, vous aurez envie de faire les yeux doux à quelqu’un autour de vous… En tout cas, j’espère que, riche de toute la qualité de votre regard, vous pourrez profiter de l’exubérance du printemps, de ses couleurs et ses surprises !

Excellent mois d’avril !

Thérèse

 

Mai - Eliane Schnabel

Bonjour à toutes et à tous,

Les os nous soutiennent, les muscles nous bougent et le système nerveux organise le tout.

Avec la méthode Feldenkrais j’ai compris l’importance de notre ossature dans nos mouvements et cela me fascine.

Sentir et comprendre...

  • La forme de nos os et comment ils s’articulent,
  • Comment les appuis, par les directions précises des poussées et repoussées, peuvent être au service d’une intention de mouvement,
  • Comment, à partir d’un appui, la force se propage à travers le corps par le squelette,
  • Quels sont les facteurs qui entravent la propagation idéale et lesquels la facilitent.

Vraiment notre corps est un ensemble de leviers et de poulies.

Mon intérêt a pris encore une autre dimension lors de ma formation professionnelle Feldenkrais au Mexique, car la Fête des morts prend des caractéristiques très particulières.

Avec humour et friponnerie les Mexicains se moquent de la mort en mangeant des crânes en sucre ou en chocolat. Des squelettes, toujours hilares, décorent les rues, les vitrines, les maisons, les écoles...

C’est pour cela que je vous envoie ces dessins avec le souhait suivant ...

« Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée. »
Nahman de Braslaw.

 

Dessin Schnabel
Dessin Schnabel1

 


Eliane Schnabel
eliane.schnabel@feldenkrais.ch
024 441 27 37

Juin - Laura Fontana

 

  • JUIN
  • LONGUES JOURNEES DE LUMIERE
  • VIE EN PLEIN AIR
  • COULEURS
  • MUSIQUE
  • FELDENKRAIS®

Vous êtes en train de lire ce texte, muet. Quel espace avez-vous dans la bouche ? Est-ce le même que si vous parliez ? Essayez de continuer la lecture à haute voix.

Heureux qui, dans ses vers, sait d'une voix légère,
Passer du grave au doux, du plaisant au sévère!

L'art poétique, Chant I Nicolas Boileau

Entendez-vous votre voix ? Son timbre ? sa résonance à l'intérieur et à l'extérieur de vous-même ? Avez-vous senti la langue bouger dans la bouche ? compris le sens des mots ? perçu le confort/inconfort dans lequel vous êtes en lisant à voix haute ?

La voix est son, mouvement, l'instrument qui la produit est le corps .
La voix parlée a des intonations, un timbre, une tessiture, elle soutient un propos, véhicule des sentiments, tout comme la voix chantée.
La voix est musique quand elle chante, est-elle musique quand elle parle ?

 

« Le silence est la condition de la musique ; il permet la méditation, l'acceptation de l'univers par l'être qui le contemple. Sans un silence préalable, il n'y a pas de musique.

(...) la première mélodie du monde a du s'élever dans la pénombre du soir, sur un lac où il n'y avait pas un souffle de vent.»

Y. Menuhin

Le silence d'où surgit la musique est comparable au silence de la conscience en éveil qui ouvre la voie au mouvement. La nature du mouvement n'est pas dans son ampleur, ni dans sa force, elle est dans le silence de sa genèse.

Laura Fontana

 

Juillet - Jean Arzel

 

fleur-au-pied

 

Juillet 2014 / Calendrier Feldenkrais
Par Jean Arzel :   jean.arzel@hotmail.ch   /   www.jean-arzel.com   /   077 491 47 68

L'empereur Auguste a renommé le cinquième mois de l'année romaine (Quintilis) en Julius pour rendre hommage à Jules César. Et voilà comment juillet a débarqué.

C'est une entrée en matière bien martiale ! Mais reconnaissons que c'est un mois solaire ; la détente peut s'y exprimer entre ombre et lumière et charmer nos sens au décours d'une exploration Feldenkrais...

mains-peintes

Je vous propose un petit temps de lecture, des extraits de l'autobiographie d'un résistant français de la seconde guerre mondiale, Jacques Lusseyran (« Et la lumière fut / Ed. Le Félin). Il était aveugle depuis l'âge de 8 ans et c'est ce qu'il en dit que j'aimerais partager avec vous.

Il illustre la formidable capacité d'adaptation de l'homme s'il utilise ses compétences humaines : la lumière de l'émerveillement, les sens, l'imagination, la patience, la curiosité devant la contrainte, ne pas chercher à obtenir pour que tout vienne à soi. Bref, un condensé des principes et des stratégies de la Prise de Conscience par le Mouvement !

 


 

« ... C'était une grande surprise pour moi d'être aveugle. Car cela ne ressemblait à rien de ce que je pouvais imaginer. On me disait qu'être aveugle, cela consistait à ne pas voir. Je ne pouvais pas le croire, car moi je voyais. Pas tout de suite, c'est vrai.......

Un jour, je me suis aperçu que je regardais mal tout simplement. Au fond, je regardais trop loin et je regardais trop vers l'extérieur.......

Je me suis mis à regarder de plus près. Non pas plus près des choses, mais plus près de moi. À regarder de l'intérieur, vers l'intérieur, au lieu de m'obstiner à suivre le mouvement de la vie physique vers le dehors.

Cessant de mendier aux passants le soleil, je me retournais d'un coup et je le vis de nouveau : il éclatait là dans ma tête, dans ma poitrine, paisible, fidèle. Il avait gardé intact sa flamme joyeuse. Je le cherchais audehors quand il m'attendait chez moi.

C'était une évidence : la lumière était là.......

Du temps que j'avais mes yeux, mes doigts étaient raides, à demi morts au bout de mes mains : ils n'étaient bons qu'à faire le mouvement de prendre.

Maintenant chacun d'eux avaient des initiatives. Ils se promenaient séparément sur les choses, ils variaient les niveaux, se faisaient lourds ou légers indépendamment les uns des autres.

Le mouvement des doigts était très important. Il fallait même que ce fût un mouvement ininterrompu. Car c'est une illusion de croire que les objets existent en un point, fixés là à jamais, serrés dans une forme et non dans une autre....... Ils vibrent, ils tremblent. Mes doigts sentaient distinctement cette pulsation....... Ils allaient au-devant des choses, palpitaient avec elles, ils les connaissaient. Seulement, il y avait plus important que le mouvement, il y avait la pression.

Si je posais la main sur la table sans appuyer, je savais que la table était là mais n'apprenais rien sur elle. Pour apprendre, il fallait que mes doigts exercent une pesée. Et la surprise, c'était ici que la pesée m'était aussitôt rendue par la table elle-même. Moi qui croyais qu'étant aveugle j'allais devoir aller au devant de tout, je découvrais que c'étaient toutes les choses qui allaient au-devant de moi. Je n'avais jamais à faire que la moitié du chemin. L'univers était complice de tous mes désirs.......

Si mes doigts pesaient, chacun d'un poids différent sur les contours d'une pomme, bientôt je ne savais plus si la pomme était lourde ou bien si c'étaient mes doigts qui l'étaient. Je ne savais même plus si c'était moi qui la touchais ou elle qui me touchait. J'étais entré dans la pomme ou bien elle était entrée en moi et c'était cela, pour les choses, exister.

Mes mains devenues vivantes m'avaient installé dans un monde où tout était échange de poussées. Et ces poussées se groupaient en formes. Et toutes ces formes avaient un sens.

Toucher ainsi – toucher comme il faut - les tomates du jardin, le mur de la maison, l'étoffe des rideaux ou cette motte de terre, c'est les voir, bien sûr, et presque aussi exactement et complètement que les yeux permettraient de le faire, mais c'est aussi bien plus que les voir : c'est se brancher sur eux, c'est, au sens électrique du mot, laisser le courant qu'ils contiennent s'accrocher au courant dont nous sommes chargés, ou inversement, c'est cesser de vivre devant les choses pour commencer de vivre avec elles, et tant pis si le mot paraît choquant : c'est aimer. Les mains ne peuvent pas s'empêcher d'aimer ce qu'elles ont touché complètement.......

Les odeurs à leur tour étaient de même sorte que le toucher. Elles entraient évidemment comme lui dans la pâte amoureuse de l'univers. J'avais un commencement d'idées de ce que les animaux éprouvaient quand ils reniflent.

Comme les sons, comme les formes, les odeurs étaient bien plus individuelles que je ne les avais crues auparavant. Certaines étaient des odeurs physiques, d'autres étaient des odeurs morales.

Je n'avais pas encore dix ans que je savais déjà – et de quelle confiante certitude – que tout, dans ce monde , est signe de tout, que toute chose est prête à chaque instant à prendre la place d'une autre, si celle ci vient à manquer.

Je n'avais pas peur. D'autres diraient : j'avais la foi. Et comment ne l'aurais-je pas eue en présence de cette merveille à chaque seconde renouvelée : tous les sons, toutes les odeurs, toutes les formes, dans mon esprit, ne cessaient de se transformer en lumière, et la lumière en couleurs, métamorphosant ma cécité en un kaléidoscope........

Comment dire par exemple la façon dont les objets s'approchaient de moi, si je marchais vers eux ? Est ce que je les respirais, les entendais ? Peut-être. Est-ce que je les voyais ? Apparemment non. Et pourtant !

Pourtant, au fur et à mesure que je m »approchais, leur masse se modifiait pour moi. Et cela au point de dessiner de vrais contours, de délimiter dans l'espace une forme véritable, exactement comme dans le cas de la vue. Et de se couvrir de couleurs particulières.......

Cet état n'est après tout que celui qu'on appelle d'habitude « attention », mais je puis témoigner que, portée à ce degré, l'attention n'est pas chose facile.......

Si, me faisant très attentif, je n'opposais plus au paysage ma poussée personnelle, alors les arbres et les rochers venaient se poser sur moi, y imprimer leur forme comme les doigts impriment leur forme dans la cire.......

Nous sommes tous terriblement avides. Nous n'en voulons que pour nous. Sans même y penser, nous voulons que l'univers nous ressemble et qu'il nous laisse toute la place. Eh bien!

Un petit enfant aveugle apprend très vite que cela ne se peut pas. Il l'apprend de force. Car chaque fois qu'il oublie qu'il n'est pas tout seul au monde, il heurte un objet, il se fait mal, il est rappelé à l'ordre. Et chaque fois au contraire qu'il se le rappelle, il est récompensé : tout vient à lui....... »

Après ce magnifique témoignage, je voudrais finir par l'évocation de Myriam Pfeffer, avec qui j'ai suivi ma formation Feldenkrais à Paris et qui vient de nous quitter.

myriam-pfeffer

Tout son être irradiait d'une lumière douce et incandescente qui nous baigne encore et nous soutient chaque jour.

Elle était l'incarnation de cette certitude toujours questionnée, à la fois fragile et puissante, que la méthode Feldenkrais nous invite à vivre dans l'expérience du mouvement et des sensations.

Elle continuera de parler à ceux qui l'ont connue et à ceux qui seront curieux de son oeuvre.

Merci Myriam.

Août - Ingrid Vaney

 

Bonjour à toutes et tous,

C'est avec beaucoup de plaisir que je vous envoie la page d'août du calendrier Feldenkrais. Vous avez peut-être encore des vacances ou vous êtes à la maison avec un rythme plus agréable ou détendu ou juste en faisant d'autres activités.

J'aimerais profiter de ce moment pour vous parler de pauses, Pourquoi Feldenkrais faisait-il tellement de pauses ?

Pour Wikipedia, « le mot pause désigne de manière générale un arrêt temporaire, c'est-à-dire l'arrêt d'une activité, puis après un certain temps, sa reprise ».

Feldenkrais l'explique un peu différemment : « Nous avons besoin de changements rythmiques entre activité et repos »

enfants

Revenons tout d'abord à notre cerveau qui se compose du système nerveux autonome, avec les systèmes sympathique et parasympathique.

Le système nerveux sympathique est occupé avec une quantité d'activités en informations et vitesses. Souvent nous sommes submergés d'énormément d' impressions de l'extérieur.

Le système parasympathique est lié au repos, à la récupération et à la guérison. C'est là que nous pouvons produire de nouveaux modèles de comportement. La respiration, la fréquence cardiaque et les tensions artérielles peuvent se ralentir. Un bien-être s'installe.
Ce sont les raisons pour lesquelles, particulièrement pour le processus d'apprentissage, donc aussi dans les leçons Feldenkrais, nous devons créer une ambiance de sécurité, de curiosité et être prêt à rire de nous-mêmes ou de la situation d'apprentissage.

Pour apprendre dans cet état et le transférer dans la vie quotidienne, les pauses sont cruciales. Ce n'est pas seulement une réaction de détente, c'est un moment où le cerveau peut se libérer pour entrevoir de nouvelles possibilités et avoir d'autres perceptions des situations données.

Notre système nerveux n'a pas besoin de longues interruptions de la dominance du système sympathique, des pauses courtes et plus fréquentes sont plus efficaces.

bebe

Selon Moshé Feldenkrais, nous pouvons commencer un mouvement et nous avons la possibilité de nous arrêter et de changer notre direction à tout moment. Une pause permet d'interrompre un mouvement et de choisir une autre direction. Il s'agit là d'un élément de la méthode Feldenkrais unique en son genre : les participants apprennent des modèles de mouvements alternatifs qu'ils peuvent intégrer directement au quotidien avec l'expérience qu'ils en font dans leur corps.

Je vous souhaite des pauses créatives, elles n'ont pas besoin d'être longues, mais pensez-y et respirez, surtout si le stress vous reprend.
Et si vous en avez envie, essayez la PCM (prise de conscience par le mouvement) suivante, où l'attention est portée aux pauses.

 

Ingrid Vaney, Nyon, i.vaney@bluewin.ch


PCM d'Alan Questel - Mobilité articulation de la hanche

  • Attention portée aux pauses et aux retours de mouvement
  • Permettez-vous de faire une pause entre deux mouvements.
  • Observez si la pause vous permet de vous calmer.
  • Est-ce que ça vous permet de sentir comment vous activez de nouveau le mouvement ?
  • Pouvez-vous rester présent dans la pause, sans vous échapper dans la pensée ? Ce n'est pas si facile...

 

Position sur le côté gauche, jambes pliées en angle droit.

1. Levez toute la jambe droite telle quelle. Comment c'est ?
2. Levez le pied droit, il s'éloigne de l'autre pied. Les genoux restent en contact...
Ecoutez ce qui se passe pendant que vous faites ce mouvement.
Qu'est-ce que vous cherchez à écouter ?

Pause

3. Même mouvement, mais cette fois-ci prêtez plus d'attention sur le retour du mouvement.
Comment ce pied revient-il ?
Est-ce différent quand vous portez votre attention vers le retour ?

4. Même mouvement

Mais la prochaine fois que le pied atterrit, faites une pause de 2, 3 secondes de plus et levez le pied de nouveau.

Vous faites donc une pause plus longue que d'habitude. Et observez ce qui se passe.
Est-ce que vous découvrez d'autres parties que vous avez activées ?
La pause vous offre-t-elle l'occasion de sentir des choses différentes ?

Pause

5. Cette fois levez et descendez le pied par le talon.

C'est le talon qui mène le mouvement. Est-ce que vous donnez plus d'attention au retour du mouvement ?

Pouvez-vous faire une pause entre chaque mouvement ?
Observez pendant la pause si vous pouvez relâcher quelque chose que vous faites?
Êtes-vous toujours en train de travailler ?
Pendant la pause, pouvez-vous permettre à quelque chose de rester au calme ?
Peut-être activez-vous une partie de votre corps sans vous en rendre compte, éventuellement dans la mâchoire ou dans la nuque...
Que pouvez-vous apprendre des pauses ?

Pause

6. Soulevez à nouveau le pied, mais cette fois initiez le mouvement par le petit orteil et descendez par le gros orteil.

Est-ce que vous pouvez être plus intéressé par la façon dont le pied revient ?
Pouvez-vous faire une pause plus longue entre deux mouvements ?
Entre chaque mouvement, vous pouvez jouer avec la longueur de la pause.
Après chaque pause, vous pouvez trouver un nouvel endroit de départ

Pause sur le dos

bonhomme sur le dos

Sentez-vous quelque chose de différent après ces mouvements ?

7. Revenez sur le même côté.

Commencez à lever le pied droit de telle façon que tout le bord interne du pied quitte le contact de l'autre pied en même temps.
Et puis tout le bord interne du pied droit revient en même temps. Les genoux restent en contact.
Comme avant, écoutez le retour.

 

Ingrid Vaney, Nyon, i.vaney@bluewin.ch

 

Septembre - Iris Fleur-Kasahara

dans les fraises

L'histoire des fraises (une histoire Zen)

Pendant mon dernier stage cette année avec Russell Delman, il nous a raconté une histoire, l'histoire des fraises, qui m'accompagne depuis et que j'ai envie de partager avec vous. A partir des enregistrements audio pris pendant le stage, j'ai retranscrit et résumé les reflexions que Russell a donné autour de ce thème.

Russell Delman, formateur de la Méthode Feldenkrais, pratiquant la méditation Zen depuis 40 ans, était un proche collaborateur et ami de Moshé Feldenkrais.

bonhomme-qui-court

Un moine marche dans la montagne. Tout à coup il entend un grand bruit derrière lui. Il se retourne et voit un puma. « GRRRRRRRR, GRRRRRRRR », fait le puma. Le moine se met à courir vite. De temps en temps il regarde derrière lui et « GRRRRRRRR, GRRRRRRRR » le puma est toujours là. Le moine court encore plus vite, mais tout à coup le chemin s'arrête au bord d'une falaise.

Il se retourne...le puma est tout proche : lion« GRRRRRRRR, GRRRRRRRR ». Le moine regarde en bas de la falaise : Il y a 100 mètres de vide ! Il voit une branche d'arbre qui sort du côté de la montagne, il saute puis s'y accroche. En dessous de lui, le précipice. Il lève les yeux et voit le puma qui le fixe avec un regard féroce : « GRRRRRRRRRRRRRRRRR » fait le puma.

Le moine regarde en bas. Mais à son grand désarroi il voit un deuxième puma en bas de la falaise qui le suit attentivement des yeux: « GRRRRRRRRRR » fait le deuxième puma. On pourrait appeler cela une situation difficile !

souris

Tout à coup une souris sort d'une ouverture dans la falaise. Elle se met sur la branche sur laquelle le moine est en train de s'aggripper avec le peu de force qui lui reste et elle commence à grignoter le bout de la branche.

Maintenant on pourrait dire que c'est VRAIMENT une situation difficile. C'est comme si vous vivez une situation de couple tendue, que dans le même temps, votre patron aussi vous embête, qu'en plus vous n'avez pas d'argent et que vous vous rendez compte que vous n'aimez même pas vos enfants.
C'est une SITUATION VRAIMENT DIFFICILE.

Alors pendant que le moine est toujours suspendu sur la branche au-dessus de la falaise, entendant le rugissement feroce des deux pumas, il voit soudainement des fraises des bois sur la falaise tout proche de lui. Il lâche une main, tend le bras et cueille une fraise. Il la met dans sa bouche :

COMME ELLE EST DELICIEUSE !!!

Ceci est une histoire Zen, et ainsi se terminent les histoires Zen...

Mais l'enfant en vous voudrait probablement bien savoir ce qui s'est passé ensuite ?

Et Russell dit : Le moine prend le plaisir de goûter la fraise.


 

Vivre ou survivre, tel est la question

Nous sommes actuellement dans un moment rare et unique de la vie où la majorité d'entre nous vit dans un sentiment de sécurité fondamentale. D'habitude, nous ne sommes pas inquiets que quelqu'un puisse entrer chez nous et nous agresser. Ce n'est pas le cas dans d'autres parties du monde. La plupart entre nous ne se fait pas de soucis à savoir si l'on va manger ou non ; ce n'est pas non plus le règle dans le monde. Pour les animaux à l'état sauvage, leur occupation principale, c'est de trouver quelque chose pour se nourrir et rester en vie. Et c'est vrai aussi pour une grande partie de l'humanité : Comment puis-je continuer à vivre ? Comment faire pour ne pas être tué ? Comment je vais nourrir ma famille ? Ai-je un toit sur la tête ? Puis-je n'avoir pas trop chaud, pas de froid ?

Mais nous, nous sommes dans ce moment rare, unique dans l'histoire du vivant, pourrait-on dire, où se sont développés des êtres comme nous, qui n'ont pas besoin de consacrer la majeure partie de leur force vitale à survivre. Et pourtant nous manquons d'expérience pour savoir comment vivre dans de telles situations favorables. Comment permettre que les qualités d'amour véritable et de relation authentique soient notre expérience. Par habitude, vivre à l'intérieur du soi fonctionne comme un automatisme d'autoprotection. Nous avons reçu si peu d'instructions sur la manière de nous ouvrir aux bénédictions de la vie. Nous ne savons pas très bien manoeuvrer dans nos états difficiles. Du coup les situations difficiles ont tendance à nous capturer, et l'on fini par avoir l'impression que l'on vit vraiment dans un tout petit espace. Ainsi nous créons un grand nombre de nos propres difficultés de telle sorte que lorsque une situation vraiment difficile se présente, nous sommes excellents à jeter encore de l'huile sur le feu, bien que nous ne savons même pas où chercher l'eau pour l'éteindre.

Que signifierait jeter l'huile sur le feu dans l'histoire des fraises ?

Pour vous remettre dans le contexte, je vous propose de fermer les yeux et de vous imaginer suspendu au-dessus de la falaise au bout de la branche, menacés par les deux pumas. Dans notre tête on pourrait se dire :

- « J'étais trop bête de me promener à la montagne »

- « Je n'aurais jamais dû me promener seul. »

- « Pourquoi personne ne m'a dit que c'est dangereux par là. »

- « C'est incroyable que personne ne m'en ait parlé. »

- « De toute façon, personne s'occupe de moi, personne ne m'aime et ne m'aimera jamais. »...

Mais nous avons la possibilité de faire cet apprentissage de devenir des êtres conscients, de transformer les défis et difficultés que nous traversons en situations porteuses de vie. Et apprendre à être suffisamment présent pour recevoir les bénédictions qui pleuvent sur nous.

Une de mes découvertes (dit Russell), c'est que les bénédictions de la vie, « les fraises », sont toujours là, et que la question c'est d'ouvrir notre expérience et ouvrir notre corps à les recevoir. Ce n'est pas un dû – nous ne pouvons pas l'exiger – mais vraiment une invitation à s'ouvrir. Plus on cultive consciemment cette ouverture, plus il est facile pour notre cerveau de trouver ce chemin neuronal, et alors cela se produit de plus en plus spontanémment, même dans des situations très dures.

Mon expérience (dit Russell), c'est que dans l'instant précis, l'instant de manger la fraise, le moment ou je réalise qu'il existe des choses autres que mon combat, ma lutte et mon déchirement, que le monde n'est pas réduit au puma d'en-haut et au puma d'en-bas ; c'est que même dans un instant comme cela je peux laisser quelque chose de beau de la vie me toucher. Ainsi la situation s'aère comme par une bouffée d'air frais. Cela ne peut pas arranger la situation en entier d'un seul coup, mais cela la rend à nouveau possible à gérer. Je crois vraiment que nous pouvons apprendre à « naviguer » dans de nouvelles capacités de conscience : Comment bien vivre quand la vie la plupart du temps n'est pas si difficile ? De ce fait, la vérité merveilleuse et surprenante est que notre système est capable d'appendre à trouver de nouvelles possibilités.

On apprend à prendre la responsabilité de nos popres histoires et blablas intérieurs. Et de choisir des histoires plus porteuses de vie et de remarquer, en faisant un pas de côté, que certaines histoires ne servent à rien et ne nous aident pas.

Un des outils de navigations les plus importants que je puisse vous transmettre, dit Russell, c'est cette observation que nous pouvons toujours faire un pas de côté, et d'observer tout état mental et émotionnel, tout état en général qui vit à l'intérieur de nous. Nous pouvons observer, être avec, tenir compagnie à quoi que ce soit à l'intérieur de nous. Ça c'est notre meilleur ami. Et c'est aussi nous.

Plus on apprend à cueillir des fraises, plus on développera cette qualité d'être en présence, deux choses se passeront :

- On aura plus en plus souvent des moments où on se sent complètement béni par la vie.
- Et dans les moments plus compliqués, plus difficiles de la vie, on a des moyens « d'être » avec la difficulté, et de la vivre sans s'enfuir.

Ce sont deux choses fondamentales. Développer notre capacité à laisser la vie nous bénir, recevoir les dons, célébrer les cadeaux de la vie, sentir cette gratitude. On développe cette capacité d'être là, dans le présent, avec les moments difficiles qui se transforment en situations plus vivifiantes et vitalisantes.

C'est cela apprendre à naviguer.


Poème de Jalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī, poète Perse :

L'ami

Je serai avec toi toujours, m'as-tu promis.
Et lorsque j'ai compris que c'était vrai, mon âme a fait un bond de joie.
Toute déconnection à soi vient de l'oubli. Souviens-toi et reviens proche de l'ami.

trois-fraises

Je vous souhaite d'abondantes cueillettes de fraises.

Amités, Iris

 

Iris Fleur-Kasahara, Chemin du Chêne 1, 1115 Vullierens

 

 

Octobre - Christine Barbey

danseurs

Quand la danse ressemble à du Feldenkrais...

(Extrait d'un article, paru dans la revue « le Cerveau » de la ligue suisse pour le cerveau.)


La valse pour les débutants

par Norbert Herschkowitz, pédiatre et neuroscientifique, né en 1929

Ayant entendu cet été une jolie valse à la radio, je me suis dit que cela pourrait faire un cadeau d'anniversaire pour ma femme – des leçons de valse privées dans une école de danse ! L'inscription faite, me sont venus des doutes. Je n'ai jamais pris de cours de danse digne de ce nom. Est-ce que j'allais réussir à mémoriser les pas ? Est-ce que je n'allais pas glisser sur le parquet trop lisse ? Est-ce que je tiendrai le coup physiquement ?

Des études scientifiques encouragent les personnes âgées à relever de nouveaux défis, à se lancer dans des apprentissages. La plasticité et la capacité d'apprentissage du cerveau résistent au vieillissement, et bien que la force musculaire diminue, une activité physique régulière (par ex. 1h de danse par semaine) peut améliorer la marche et réduire le risque de chute.

1ère leçon : la nouveauté est stimulante – mais fatigant

A « un » j'avance d'un pas avec le pied droit; à « deux », je déplace mon pied gauche vers la gauche, à « trois », le pied droit vient se mettre à côté du gauche. Je sens que je dois donner à mon pied droit un signal clair et que, une fois en appui sur le gauche, je dois tout de suite porter mon poids vers la gauche.

Excellent exercice pour la sûreté de la marche. On passe alors à la 2me partie du pas de base. Un pas en arrière avec le pied gauche, un pas de côté avec le droit, ramener le pied gauche à côté du pied droit. Ainsi se referme le « rectangle virtuel » dessiné sur le sol. Nous exerçons de la sorte la coordination des muscles, lesquels sont pilotés par le côté opposé du cerveau.

Maintenant, à moi de jouer tout seul. Le pied droit d'abord ? J'hésite... Arrivé à un certain âge, apprendre à enchaîner de nouveaux mouvements prend du temps. La couche de myéline qui entoure les nerfs s'étant amincie, la conduction des stimuli électriques qui commandent, enregistrent et corrigent les mouvements n'est plus aussi rapide. D'où la nécessité de répéter plusieurs fois les mouvements et de laisser au cerveau le temps d'établir les connexions nécessaires. Sans compter qu'on a fixé avec l'âge des mouvements incorrects qu'il s'agit soudain de reprogrammer.

2ème leçon : patience et endurance

A peine le pas de base assimilé tant bien que mal, qu'il faut apprendre à tourner. Encore heureux que ce soit seulement vers la droite. Le système vestibulaire coordonne les informations qui lui parviennent des yeux, des oreilles et de nos récepteurs tactiles, et dont on a besoin pour sentir la position de son corps, garder son équilibre et s'orienter dans l'espace.

Je comprends qu'avec le pas de côté, je dois ramener l'autre pied – si seulement je savais où il est – d'un geste décidé vers le premier afin de ne pas être déséquilibré par la rotation. Au lieu de m'aider à guider mes pas, le rythme m'embrouille parce que je ne réagis pas assez vite. Mais il n'est pas question d'abandonner – je suis comme un petit enfant qui fait ses premiers pas. Et que fait-il quand enfin il y arrive ? Il rit, tout content d'avoir réussi.

3ème leçon : le sens et le plaisir

Devant la glace, je me tiens plus droit que la dernière fois et j'ai même l'impression d'être plus grand. Un, deux, trois, c'est parti. Mais pas aussi bien que je l'avais imaginé. Je me souviens des pas, mais rien à faire pour que mon cerveau donne les ordres qu'il faut à mes pieds. Après plusieurs tentatives, les choses rentrent dans l'ordre. Valser n'est pas que tourner, il faudrait, en plus planer à quelques centimètres du sol, comme porté par des ailes invisibles.

Mais pour que tombent les chaînes des schémas de pensée quotidiens, de sorte que la musique déploie pleinement ses effets, il faut tout de même se sentir d'aplomb sur ses jambes. Plus nous nous exerçons, plus nous maîtrisons notre sujet, plus le plaisir est grand. Le sens et le plaisir réunis- une situation rêvée pour apprendre ! Il y a même, dans la partie antérieure du cortex cérébral, une zone spéciale, dont la fonction est d'intégrer le mouvement, la pensée, les sensations, une zone appelée cortex cingulaire. Nous voilà pris par ce que nous vivons ensemble, par la musique, le mouvement.

A quoi s'ajoute le plaisir de faire la connaissance de gens qui adorent la danse et nous montrent ce dont on est capable à note âge. Après nous, un groupe d'élèves avancés, tous âgés de 82 à 87 ans. Et qui dansent sur des rythmes sud-américains !

Pour aller plus loin : http://www.hirnliga.ch

Christine Barbey, Lausanne, www.feldenkrais-lausanne.ch

 

Novembre - Anita Rubini Ghigna

« Bougez comme les animaux »

C'est tendance, et ça plait. Visiblement, pas seulement aux enfants...Dans le psychologie magasine du mois d'octobre dernier, je suis tombée sur un article fort intéressant qui vantait les vertus d'une gymnastique imitant les animaux. Le plus incroyable figurez-vous, c'est que je suis en train de partager cette expérience avec des enfants âgés de 4 à 12 ans en animant des leçons sur ce thème... Alors, pour une fois que nous sommes à la mode, autant en profiter ;)

Bouger comme les animaux en Feldenkrais, vous l'aurez compris, ça se pratique aussi et depuis pas mal de temps. Bien sure, nous ne sommes pas les seuls, puisque en arts martiaux et en qi gong par exemple, c'est également le cas. Moshé Feldenkrais, judoka de haut niveau et adepte entre autre de Jiu Jitsu, s'est inspiré de ces techniques pour développer sa méthode. La différence qui me parait fondamentale par rapport aux autres approches utilisant les mouvements d'animaux se trouve dans l'apport de cette fameuse conscience corporelle ou le fait de sentir va toujours primer sur le faire.

Dans un article¹ de M.J Houareau, elle relate ceci :

« Feldenkrais utilise volontiers l'image suivante: prenez cinquante chats noirs et faites-les courir. Vous ne reconnaîtrez votre chat que si vous vous êtes donné la peine de l'observer pendant un certain temps. Par contre, il suffit d'avoir aperçu un individu une seule fois pour pouvoir le reconnaître même à deux cents mètres» ¹

Les chats se ressemblent. Pas les humains.

C'est ce que confirme l'article un peu plus loin :

« Chacun a une façon qui lui est propre de se mouvoir parce qu'il n'y a pas de loi ni de modèle. Il n'y a donc pas de ce fait, une bonne posture ni une bonne démarche en soi. Il est aberrant d'enseigner la bonne façon de s'asseoir ou de respirer.

Le travail proposé ne consiste donc pas à montrer, par exemple, de quelle façon il faut marcher, courir, tenir le buste, mais à mettre l'individu dans une situation qui lui permette de découvrir, par ses propres moyens, sans d'autres références, que ce qu'il ressent dans son corps est la meilleure façon, pour lui, d'accomplir ces actes.

Il faut apprendre à savoir comment on fait les choses. Car lorsqu'on sait comment on les fait, on peut faire ce que l'on veut »¹

C'est vraiment cela la base du travail en Feldenkrais : découvrir par ces propres moyens ce qui nous convient et ce qui nous fait du bien à nous. Pas forcément aux autres. Non par l'imitation, mais par la découverte personnelle de notre image corporelle.

Et ça, au départ, c'est perturbant pour les humains que nous sommes... Habitués très tôt à nous identifier et à reproduire un modèle, une manière de faire ou de penser. Cela nous rassure. Mais cela risque également de nous limiter et de nous cantonner dans un fonctionnement habituel et répétitif... nous privant ainsi d'une grande part de nos perceptions sensorielles et motrices.

Je l'ai observé justement avec ces enfants, qui à l'âge de 4 ans ne savent déjà... plus ramper ou marcher à quatre pattes ! Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans leur développement, pour que ce réflexe, si instinctif, ait si tôt disparu ?

Moshé Feldenkrais explique le phénomène d'apprentissage dans le même article en disant ceci :

« Toutes les fonctions essentielles de la vie s'apprennent, sans que personne ne sache comment, dit-il.

Comment l'enfant apprend-il à marcher ? Comment apprend-il les dix premiers mots de sa vie ? On s'aperçoit simplement un jour qu'il le sait.

Il n'y a pas de programme fixé à l'avance. Le programme, c'est l'enfant ». 

En général, vers treize ou quatorze ans, l'individu cesse de développer ses facultés d'adaptation. Résultat : l'homme demeure au-dessous de lui-même. C'est pour cette raison que nous sommes loin d'avoir atteint les limites des capacités de l'homo sapiens. ¹

C'est donc parce qu'il n'en a pas conscience qu'un enfant risque de perdre ce qu'il a appris. Pourtant, si il refait le geste plus tard mais cette fois ci en toute conscience, il va pouvoir récupérer cet apprentissage et se l'approprier pour longtemps. Idem pour les adultes que nous sommes. Notre cerveau possède des facultés énormes à apprendre et ce n'est pas la place qui manque pour stocker les nouvelles données et apprises

¹ Marie-Josée Houareau « développer et enrichir l'image de soi»

 


 

Petite séance intitulée : « bouger les mâchoires comme le cheval »

Asseyez-vous confortablement sur une chaise ou en tailleur parterre. Les bras le long de vos cuisses, détendus.

Ouvrez et fermez votre bouche à plusieurs reprises. Sentez-vous une rigidité ou gène dans vos mâchoires ?
Simultanément, ouvrez votre bouche et inclinez votre tête vers l'arrière, revenez vers l'avant, en position neutre en fermant votre bouche.
Faites ce mouvement quelques fois en observant si vous continuez de respirer, ou bloquez votre respiration par moments.
Essayez de faire le mouvement de façon de plus en plus facile et fluide. Sans tensions.

Faites une pause

Tenez votre menton entre votre index et votre pouce. Ouvrez votre bouche d'env. 2 cm.
Bougez à l'aide de vos doigts votre mâchoire inférieure légèrement vers la gauche et revenir. Est-ce que votre mâchoire suit une trajectoire en ligne droite ou pas ?
Quelle est la qualité de ce mouvement ? Que sentez-vous dans votre nuque pdt que vous déplacez votre mâchoire vers la gauche ?
Pouvez-vous à effectuez ce mouvement sans tensions ou secousses, sans bloquer votre respiration ?

Refaites une pause

Faites les mêmes mouvements avec votre mâchoire vers la droite en y mettant qualité, lenteur et conscience.

Petite pause

Ouvrez et refermez la bouche comme au début de la séance. Est-ce différent ? Si oui qu'est-ce qui a changé pour vous ? mâchoires ? nuque ? respiration ?
Avant de repartir dans vos activités, prenez le temps de faire comme le cheval : laissez aller votre mâchoire inférieur de chaque côté avec un bon bruitage genre « brrrrrrrrr »
Relevez-vous et observez le port de votre tête. Où va votre regard, + haut ou + bas qu'avant ? tournez un peu la tête à dte, puis à gche. Plus libre qu'avant ?

Voici une petite vidéo pour continuer votre exploration animale de façon ludique et agréable:

 


Animalement votre
Anita Rubini - 2740 Moutier
www.meindex.ch/anita.rubini-ghigna

Décembre - Françoise Brasseur

Bonjour,

Pour la 12 ème page du calendrier Feldenkrais, je vous convie à un petit jeu de mesure de poids :

Prenez des spaghettis:

Assemblez 14 spaghettis avec un fil rouge, 15 avec un fil vert et 16 avec un fil blanc.
Lors d’un repas, (c’est de saison), demandez à vos voisins de peser ces 3 paquets, les yeux fermés, et de déterminer quel est le plus lourd et quel est le plus léger.

Ou

Prenez 14, 15 et 16 morceaux de sucre et emballez-les dans trois sachets très légers et de nouveau, voyez si vos convives peuvent classer les poids du plus léger au plus lourd, sans regarder bien sûr !
Vous pouvez aussi prendre 14, 15, et 16 pièces de 5 centimes et les assembler avec du scotch et refaire la même l’expérience.
Vous trouvez n’importe quoi d’autre à peser, des fourchettes, des verres de champagne identiques ...

Voilà, vous avez testé la loi de Weber-Fechner, la loi de la plus petite différence détectable

Dans les années 1840, un médecin allemand, Ernst Weber, a conduit des expériences pour déterminer le degré de sensibilité de la perception humaine. Il demandait à ses sujets de tenir des poids dans les mains et de dire quand un poids leur paraissait plus lourd qu’un autre.

Weber cherchait ainsi à identifier la plus petite différence de poids détectable. De façon surprenante peut-être, cette différence (pour un sujet donné) n’était pas fixe. Elle variait selon la lourdeur des poids à comparer.

Les sujets n’éprouvaient pas une différence absolue, en grammes par exemple, mais une différence minimale relative. C’est-à-dire que la plus petite différence que peuvent déceler les sens humains est proportionnelle au stimulus, à la quantité physique réelle.

Dans les années 1850, Gustave Fechner a redécouvert la même loi et l’a reformulée sous forme mathématique. Il a abouti à une même équation, qu’on appelle généralement aujourd’hui la loi de Weber-Fechner.

Cette loi établit que la sensation perçue est proportionnelle au logarithme du stimulus. Les expériences menées laissent entendre que cette loi ne s’adresse pas seulement à notre sensation des masses mais aussi à la vision et à l’ouïe.

«We do not find weight discrimination by touch unless the difference between the weights is at least a fifteenth or thirthieth part.»

(tiré de : 17 équations qui ont changé le monde, de Ian Stewart)

«Nous ne pouvons trouver de discrimination de poids par le toucher que si la différence entre les poids est au moins d’un quinzième ou d’un treizième.»

(tiré de : The sense of touch,E.H.Weber-né en 1795)

 

image1decembre

Mais pourquoi donc vous emmenez dans ces formules en décembre ?
On a bien d’autres choses à faire, emballer les cadeaux, décorer le sapin, faire des biscuits et s’amuser !

image2decembre

 

Tout simplement parce que en lisant le livre « Embodied Wisdom, the collected paper of Moshe Feldenkrais », je suis tombée, dans l’introduction, sur ces phrases de David Zemach-Bersin:

«Croyant que le cerveau adulte avait un grand potentiel d’apprentissage, Feldenkrais se demanda quelles étaient les conditions dans lesquelles le système nerveux ou plutôt une personne pouvait apprendre le plus facilement et avec succès. Dans une synthèse audacieuse et originale, Feldenkrais trouva la réponse à cette question dans une découverte peu connue du 19ème siècle en psychophysique: le théorème de Weber-Fechner.

En termes généraux, la loi de Weber-Fechner postule qu’il y a un rapport constant entre l’ampleur du stimulus (par exemple son, lumière, travail musculaire, etc) et le changement nécessaire à ce stimulus pour qu’une personne note une différence.»

(tiré de : Embodied Wisdom, collected paper of Moshé Feldenkrais)

«Les gens qui préfèrent apparemment de façon spontanée la meilleure façon de faire, sont ceux qui sont capables de détecter de petites différences sensorielles.

Toutes les sensations dans lesquelles l’activité musculaire est impliquée sont dépendantes dans une large mesure, de la plus petite quantité d’activité tonique qui persiste dans la musculature.

Lorsque le tonus est au plus bas possible, vous pouvez sentir une augmentation infime de l’effort.

La présence d’un tonus minimal permet d’atteindre le but avec le moindre effort et il en résulte des actions faciles et sans heurts.»

(tiré de : l’être et la maturité du comportement de Moshé Feldenkrais)

Cela peut-il nous aider à réduire encore et encore nos efforts en IF et en PCM et dans la vie ? A faire de très petits mouvements pour apprendre beaucoup ?

Joyeux Noël et Bonne année à tous !

Françoise Brasseur - Praticienne Feldenkrais - Genève

 

 

Studio Feldenkrais